Lettre ouverte à Emmanuel Macron sur la brutalité et l'homophobie de sa politique

Lettre ouverte à Emmanuel Macron sur la brutalité et l'homophobie de sa politique

"Quand il s'agit de démanteler le droit du travail ou celui des étudiantEs, vous n'hésitez pas à user de toutes les armes de la brutalité de l’État, y compris les armes illégales d'un Benalla. Et nous devrions vous croire quand vous nous affirmez que c'est pour éviter toute brutalité que vous entendez encore retarder l'égalité des droits et la reconnaissance de toutes les familles !"

Dans un article du Journal du Dimanche, vos proches vous font souhaiter une énième consultation pour savoir si l'égalité doit s'appliquer à toutes les familles, notamment aux couples de lesbiennes. Ils vous font dire : «  Sur ces sujets plus intimes, ne comptez pas sur moi pour passer à la hussarde, il n’est pas question de brutaliser les consciences. ».

Or, l'ouverture de la PMA n'est pas un « sujet intime », mais une question politique. Reconnaitre toutes les familles, corriger inégalités et discriminations, n'est pas « brutaliser les consciences ». Vous vous êtes livré à un de vos sports favoris : l'inversion des violences et des droits.

Maintenir une hiérarchie de la société autour de l'orientation sexuelle serait donc selon vous de la diplomatie. Vous sacrifiez nos vies, nos droits, nos familles aux homophobes.

Vous n'avez pourtant pas hésité à « brutaliser les consciences », la démocratie parlementaire, mais aussi les paroles et les corps dissidents, quand vous avez démantelé le droit du travail à coup d'ordonnances, sans tenir compte des manifestations massives dans la rue. Ces manifestations de rue  ont été réprimées dans la sang par les forces de l'ordre officielles, assistées de barbouzes qui comptent parmi vos proches. Ce n'était pas votre première fois : la loi qui porte votre nom, votée sous une mandature à laquelle vous avez participé pleinement, et qui entamait ce long travail de sape du droit du travail, est aussi passée contre la démocratie parlementaire et grâce à une répression violente des manifestations.

Ainsi, donc, quand il s'agit de démanteler le droit du travail ou celui des étudiantEs, vous n'hésitez pas à user de toutes les armes de la brutalité de l’État, y compris les armes illégales d'un Benalla. Et nous devrions vous croire quand vous nous affirmez que c'est pour éviter toute brutalité que vous entendez encore retarder l'égalité des droits et la reconnaissance de toutes les familles, alors que les opposantEs homophobes ne sont qu'une petite minorité dotée de forts moyens et pour beaucoup construite par les médias ?

Votre légitimité est faible : 18 % au premier tour, un appel à faire "barrage à Le Pen" au second tour. Mais la brutalité de votre politique est inversement proportionnelle. Elu pour contrer le FN, vous en appliquez la politique. Vous avez affamé, assoiffé des migrantEs. Vous enfermez des enfants. Vous laissez des milices suprémacistes empêcher des sauvetages en mer. Vous faites enfermer des militantEs des droits humains. Vous déportez des malades du sida dans des pays où ils et elles ne pourront se soigner, des homos, bis ou trans dans des pays où elles et ils seront persécuté-es ou tué-es. Vous faites insulter par votre ministre de l'intérieur les associations humanitaires. Cette brutalité là, réelle, physique, morale, politique, elle ne vous a jamais fait peur.

La brutalité est au contraire inhérente à votre politique, elle en est le coeur: contre les retraitéEs, les salariéEs, les étudiantEs, les agriculteurRICEs, les personnels de l'éducation nationale, les chômeurSEs, les victimes de racisme, les habitantEs des territoires dit d'Outre-Mer, etc, etc. Contre l'environnement et les écosystèmes, contre la biodiversité. Contre le pluralisme et la démocratie.

Et soudain, vous entendez préserver les homophobes de toute « brutalité » en maitenant les inégalités et l'ordre hiérarchique homophobe de la société. Ce qui est brutal, Monsieur le président, c'est que les agressions LGBT-phobes rapportées explosent, et que vous ne faites rien. Vous ne dites rien. Une femme trans est assassinée au bois de Boulogne et la secrétaire d'Etat en charge attend une semaine pour réagir, et ne met toujours pas à l'ordre du jour le changement d'état civil inconditionnel pour les personnes trans. Des couples d'hommes et de femmes témoignent des agressions physiques, et vous vous en foutez, tout entier tourné vers celles et ceux qui nourrissent la haine à l'origine de ces agressions. Le surtaux de suicide frappe les jeunes personnes LGBT, et vous vous en foutez. Le président d'une association familiale nationale dit « le problème n'est pas que les pédés », et personne ne dit rien dans votre gouvernement ni dans votre majorité. Nos familles ne sont pas reconnues, elles sont insultées et vous défendez, encore et toujours, les responsables de ces insultes. Tout cela vous a été rappelé sous le hastag #CeQuiEstBrutal.

Je ne vais pas faire semblant d'être surpris ou indigné. L'homophobie, comme le racisme, vous savez la récompenser : vos ministres ou vos députés ennemis de l'égalité en témoignent. Tout comme au Printemps dernier où vous avez vendu l'IVG et les familles homoparentales aux évêques, en pleine contestation sociale, vous pensez encore acheter la paix sociale auprès des mêmes forces, avec la même brutalité homophobe assumée. Votre cynisme en la matière, comme en tant d'autres domaines, économiques, sociaux, juridiques, est avéré, documenté, et l'indignation morale ne sert à rien face à vous, car de morale, vous n'en avez aucune, si ce n'est celle qui enrichit les plus riches.

Mais la question que vous devriez vous poser n'est pas morale. Elle est stratégique. Croyez-vous vraiment que les allié-es que vous entendez vous faire auprès de la Manif pour tous vous seront fidèles ? Regardez Gérard Collomb, bien fidèlé pour conduire votre politique raciste, bien pressé aujourd'hui de retrouver sa Manif pour tous à Lyon.

Et inversement, croyez-vous réellement que les personnes que vous sacrifiez vont rester gentiment sans rien faire pendant le temps que vous pensez encore économiser avec un énième comité de réflexion ? Pensez-vous que l'attentisme plein d'espoir à votre égard, qui a marqué les grandes organisations LGBTI, va se maintenir alors que vous accumulez les insultes à notre égard et que vous cautionnez l'homophobie ? Croyez-vous que ces personnes ne vont pas rejoindre les luttes en cours sur toute votre entreprise de démantèlement des droits, notamment contre votre politique raciste et inhumaine à l'égard des migrantEs, contre le sacrifice des services publics de santé et d'éducation ? Pensez-vous réellement que nous allons encore perdre du temps à discuter avec votre comité Théodule, au lieu d'établir des alliances qui vont vous surprendre ? Le temps que vous pensez gagner, nous serons certain-es à l'exploiter pour rappeler à notre communauté une réalité qu'elle a parfois oubliée : tous nos droits, nous les avons acquis par la lutte, pas par la bonne volonté de dirigeantEs. Ne voyez-vous pas que là où vous auriez pu contenter à peu de frais, au vu des sondages d'opinion sur la PMA, des personnes que vous tenez pour négligeables, vous ouvrez un nouveau front alors que vos « fidèles » désertent, que la violence de votre politique n'a jamais été autant dénoncée et que les convergences sur les sujets les plus divers s'esquissent enfin ?

Sans brutalité, mais sans cordialité aucune,

blogs.mediapart.fr

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