Etats-Unis : un prêtre jésuite victime d'une campagne « de diffamation » pour ses appels au dialogue avec la communauté LGBT.

Etats-Unis : un prêtre jésuite victime d'une campagne « de diffamation » pour ses appels au dialogue avec la communauté LGBT.

Auteur d’un livre, « Building a bridge », dans lequel il questionne la doctrine de l’Église sur le célibat et sur l’homosexualité, le père James Martin, jésuite, rédacteur en chef de la revue America et consulteur pour le Secrétariat de la communication du Vatican, devait intervenir en octobre devant la faculté de théologie de Washington, rapporte la-croix. Mais, face au tollé provoqué sur les réseaux sociaux notamment, l'Université a préféré annuler l'invitation.

« Un jésuite homosexualiste doit s’adresser aux étudiants d’un séminaire », titrait ainsi dès le 18 août le site ChurchMilitant, ironisant sur sa récente « popularité » depuis la publication de « son apologie de l’idéologie de la sodomie et des transgenres ». Une périphrase peu flatteuse pour désigner le dernier livre du père Martin, Building a bridge (Construire un pont), paru en juin 2017 et né de ses réflexions après la tuerie dans une boîte de nuit gay d’Orlando (Floride). L’ouvrage, qui questionne l’enseignement de l’Église sur le célibat et l’homosexualité, suscite depuis sa publication des commentaires très partagés.

Vendredi 15 septembre, la faculté a donc annoncé avoir renoncé à recevoir le prêtre, pour « éviter la diversion et la controverse ». « En aucun cas, cette décision ne signale l’approbation ou l’accord avec les commentaires ou les accusations relayés ces dernières semaines par les réseaux sociaux », assurent ses responsables. La décision a, à son tour, déclenché une nouvelle série de réactions contrastées.

« Les prêtres activistes pro-gay ne doivent pas être invités dans les facultés catholiques », salue un contributeur du site conservateur Lifesite. Le père John Zuhldorf, qui s’est opposé lui aussi sur son blog à cette invitation, redoute désormais que « la grande machine jésuite » et « ceux qui la soutiennent » ne créent « une masse critique de haine contre les catholiques qui défendent un enseignement moral clair et traditionnel ».

De fait, d’autres voix s’élèvent, mais en soutien cette fois au prélat, parmi lesquelles l'Évêque de San Diego (Californie), Mgr Robert McElroy, qui a pris sa défense, déplorant « des attaques qui révèlent un cancer à l’intérieur de l’Église catholique américaine ».

Tout en reconnaissant la « légitimité » d’une critique de son livre, Mgr McElroy dénonce la campagne « de diffamation » menée contre lui pour « travestir son travail, l’étiqueter hétérodoxe, assassiner sa personnalité et anéantir à la fois les idées et le dialogue qu’il a initiés ». L’évêque de San Diego reproche encore aux détracteurs du père Martin leur « homophobie », une « déformation » de la théologie morale, et enfin « une attaque voilée contre le pape François » et ses appels répétés à privilégier la miséricorde plutôt que « le jugement ».

Dans une tribune publiée par La Croix International, l’historien de l’Église et professeur de théologie des religions à Philadelphie Massimo Fagioli, dénonce « ces cyber-milices catholiques et la nouvelle censure » qu’elles organisent, parfois avec violence verbale. Cette annulation, estime-t-il, « devrait inquiéter tous les catholiques ».

À ses yeux, les petits groupes qui en sont à l’origine se sont sentis « encouragés » par l’Église américaine telle que l’ont souhaitée « Jean-Paul II et Benoît XVI » : une Église politiquement engagée, menée par un « épiscopat » se voyant à la pointe du « combat culturel ».

L’« affaire du père James Martin » montre deux choses selon le théologien. D’abord que ces petits groupes ne sont « pas si marginaux », comme en témoigne aussi la polémique récente provoquée par un article du père Antonio Spadaro, rédacteur en chef de La Civiltà Cattolica.

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