Le suicide des communautés gay et LGBT

Le suicide des communautés gay et LGBT

Le Gay tapant propose un regard décalé, drôle, subversif et émouvant sur les années qui bouleversent l’homosexualité et la communauté LGBT (lesbienne, gay, bi et transexuel).

Je suis très inquiet de l’état de nos sociétés en général et de ma communauté LGBT en particulier, que je trouve dépressive et mortifère. Beaucoup d’homos, foncent au suicide par des conduites à risques et addictives. Tout cela s’est fortement accéléré ces dernières années comme avec le déclin de notre civilisation et les relents mortifères du Sida. Je pense notamment à cette crise sanitaire majeure que représentent les nouvelles drogues de synthèse, bon marché que l’on trouve sur Internet à 20 euros le gramme (elles se sont d’abord vendues à 6 euros le gramme LOLita) et que l’on se fait livrer par courrier. Et le slam surtout (l’injection de drogues par voie intraveineuse) terriblement désociabilisant et addictif. Cette révolution des drogues, qui aurait pu être géniale si elle avait été bien gérée, deviendra le tombeau de la communauté gay puis, très bientôt, des jeunes hétérosexuels. Avec les chems et les rézos (a)sociaux, notre communauté devient autiste et psychotique. Vous trouvez ça normal dans une partouze qu’un mec fiste d’une main et de l’autre chate sur Grindr ?

Les années sida semblent derrière nous et on a presque oublié que dans les années 1980-1990 c’était l’hécatombe. Pour les jeunes, le sida est mort depuis longtemps, beaucoup s’en contrefichent et patati et patata. Oui, on ne donne pas assez d’infos sur le sida dans les médias. Mais aujourd’hui tout a changé. Il y a le «traitement comme prévention» et la Prep, (Prophylaxie pré-exposition), c’est une révolution : les séropositifs traités ne sont plus contaminants et les séronégatifs peuvent prendre une trithérapie pour se protéger à la place des préservatifs. C’est la seconde révolution du sida après l’arrivée des trithérapies.

Avec les smartphones et le chems sex (sexe sous drogues), les partouzes deviennent l’un des uniques modes de sociabilité gay.Dans les touzes, les gays passent souvent plus de temps sur leur smartphone qu’à baiser. À peine a-t-on un partenaire qu’on en cherche un suivant. Notre communauté devient autiste et psychotique avec les rézos (a)sociaux et les chems. C’est très inquiétant.

Plus ça va, plus le milieu gay est devenu totalement toxicomane : «Chems only», pour «chemical addicts». Sur le Net, on trouve de plus en plus d’hommes ne pouvant baiser que lorsqu’ils sont défoncés. Dans le milieu festif gay, on voit apparaître une identification entre personnes consommant des produits, avec une quête de la performance. Avec une particularité dans le milieu «hard», d’un «chemical triage», où l’usage d’une ou de plusieurs drogues devient un critère de choix de son partenaire, dans le référencement de son profil Internet.

Avec la drogue, nous sommes dans une crise sanitaire très inquiétante, les autorités de santé ne s’en aperçoivent pas. Elles sont en retard de dix ans, elles n’ont pas vu les choses venir. C’était vrai pour le sida, c’est vrai pour la drogue. Les associations ont aussi un train de retard là-dessus. Il faut arrêter de dire que la drogue c’est mal, ça fait trente ans qu’on dit ça, il faut dire : la drogue c’est bon, mais c’est extrêmement dangereux. Le premier qui dira ça sera crédible.

Le politique de santé publique est une catastrophe absolue, c’est-à-dire une absence de prévention. La seule politique qui vaille c’est la répression, «c’est interdit, vous êtes des criminels, votre santé on s’en fout». C’est une catastrophe, il y a des drames absolus, des décès, des naufrages sociaux, financiers, surtout pour les jeunes qui ne sont pas structurés socialement et qui tombent là-dedans. Des contaminations par le VIH.

Il y a 5 ans les drogues circulaient déjà : «chems only». Aujourd’hui, ils ne demandent plus si tu prends des chems, ils demandent si tu slams (injection), c’est plus direct dans le corps, cela va directement à tous les organes, c’est beaucoup plus dangereux. C’est une fulgurance parait-il, un feu d’artifice qui décuple, centuple vos sensations. Irréversible. En l’espace de cinq ans, on voit la propagation du problème. Mais on peut encore aller au-delà, plus loin dans le naufrage de la communauté gay, il y a tellement eu d’accidents, parce que les pépins arrivent, les décès et les suicides quasi hebdomadaires. Les gens se retrouvent dans des situations socio-économiques catastrophiques, on est en plein dedans, c’est très inquiétant, ça désocialise à mort les consommateurs, les gens se retrouvent dans des situations de détresse personnelles, ils sont de plus en plus isolés. La socialisation qui était possible avec le sexe ne l’est pas (plus) à travers la drogue. La drogue isole énormément quand on passe un certain stade.

PS: L’association Aides a lancé un numéro d’appel sur le chemsex et le slam, offrant la possibilité aux gays consommateurs ou à leurs proches de discuter par SMS, messagerie virtuelle ou de vive voix, d’être soutenu et orienté vers des services de santé adaptés. Si vous ou l’un de vos proches êtes concernés, appelez-le 01 77 93 97 77.

Depuis un an, en plus des 143 Centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud) qui orientent et distribuent du matériel stérile (kits d’injection, pailles, préservatifs), des lieux d’écoute et de prise en charge ont également vu le jour pour informer sur le chemsex, mais aussi sur le VIH et le travail du sexe.

On peut également contacter l’excellente structure Drogue info service http://www.drogues-info-service.fr/

Drogues info service : 0800231313 de 8h à 2h 7/7

.liberation.fr

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