Homophobie. Le témoignage d'un "pestiféré" brestois

Homophobie. Le témoignage d'un "pestiféré" brestois

Instaurée en 2005, la Journée internationale de lutte contre l'homophobie et la transphobie sera célébrée demain, 17 mai. L'occasion de rappeler que ce fléau, puni par la loi, fait toujours des ravages dans la construction d'un individu. Illustration avec le témoignage d'Alexandre (*), originaire de la région brestoise.

Alexandre (*) a aujourd'hui une trentaine d'années. Et il va bien, « beaucoup mieux qu'à une certaine époque en tout cas ». Une relative tranquillité d'esprit qu'il doit, en grande partie, à l'amour qu'il a reçu, adolescent, de la part de sa famille et de certains amis proches. Une « chance » qui lui a « sans doute sauvé la vie », affirme-t-il sans pathos, mais que beaucoup de jeunes homosexuel(le)s ne connaissent toujours pas, en 2017, en France, à une époque et dans un pays où certains opposants politiques pensent encore pouvoir décrédibiliser un candidat à la présidentielle en lançant des rumeurs sur sa supposée homosexualité... 

Comme si cela devait faire dudit candidat un « sous-homme », une personne indigne des plus hautes responsabilités de l'État en tout cas. Car nul besoin d'aller jusqu'à évoquer la situation absolument dramatique des homosexuel(le)s de Tchétchénie ou d'Arabie saoudite pour prendre la mesure du problème : être gay, au pays des droits de l'homme, reste toujours, pour certains, au mieux, la justification de brimades et de moqueries, et, au pire, un motif de violences inouïes. Alexandre, lui, a connu les deux.

Insultes et violences

D'un tempérament « un peu lunaire », il s'est vite retrouvé en situation d'« échec scolaire ». « En quatrième, on m'a mis dans une filière technologique, à Dupuy de Lôme. Je n'ai eu de choix qu'entre la mécanique et la plomberie. Moi qui rêvais d'être vendeur, qui portais des longs manteaux et des "platform shoes"... ». Un style « hyper affirmé » qui n'était pas du goût de tous.

 « Ça commençait dès 6 h 30, dans le bus qui m'emmenait au collège. Toujours les mêmes, des garçons qui, comme moi, étaient scolarisés à Brest. Ils me traitaient de sale pédé, de tafiole, me balançaient des trucs à la tronche, n'importe quoi, un stylo qui traînait ou une boule de papier. Des fois, c'était des tapes, mais toujours par derrière. Et ça faisait bien marrer tout le monde... ».

À « l'angoisse » et à « l'humiliation » ressenties s'ajoutait le silence des autres personnes présentes, « peut-être ce qui me faisait le plus de mal, au final... ». Un « calvaire » qui se poursuivait toute la journée. « Au collège, j'avais deux profs qui, pour faire les " cools " aux yeux des autres, avaient fait de moi leur tête de Turc. L'un d'entre eux prenait notamment un malin plaisir à me faire venir au tableau et à répéter tout ce que je disais en mimant la "pédale". Toute la classe hurlait de rire... ». Aussi, « le cauchemar des vestiaires de sport », « une expérience traumatisante » avec « des mecs qui se foutaient de ma gueule, et qui étaient persuadés que je voulais les mater, que je les désirais. Alors que tout ce que je voulais, c'était de disparaître ».

« Je ressentais une angoisse permanente »

Les années collège d'Alexandre ? « Les pires de ma vie », une longue litanie de larmes écrasées et de nuits d'insomnies. « Je ressentais une angoisse permanente, on ne peut pas s'imaginer... Je n'attendais qu'une chose : que ça se termine. Quand je rentrais chez moi, je retrouvais mes soeurs, ma famille, j'étais bien, soulagé. Mais ça ne durait pas. Dès 20 h, la peur du lendemain se manifestait déjà, je savais que ça allait être le même enfer... ».

Incapable d'en parler à la maison (« J'avais honte, et j'avais peur de culpabiliser mes parents, qui ont toujours été géniaux avec moi »), Alexandre comprendra finalement que, de psychologiques, ces violences pouvaient prendre une tournure physique. « Un jour, lors d'un cours en atelier en troisième, un gars de ma classe m'a demandé de l'aide pour desserrer un étau. J'étais tellement content que quelqu'un s'intéresse enfin à moi... Je me suis alors saisi de la barre. Il l'avait chauffée au préalable. Ma main est restée collée, brûlée au troisième degré... ».

Un acte de cruauté qui fera office d'« électrochoc ». « En voyant l'état de ma main, ceux qui me faisaient du mal se sont aperçus de tous les trucs dégueulasses qu'ils m'avaient fait subir. Comme s'il leur fallait une image. J'ai compris que, jusque-là, ils ne se rendaient pas compte qu'ils étaient en train de me détruire ».

* Prénom d'emprunt.
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